L’année 2010 de Banksy // part 1 : le communicant
L’année 2010 de Banksy aura été celle de son ouverture au grand public. Jusqu’alors et malgré son incontestable génie, il n’était que peu reconnu en dehors de certains cercles de connaisseurs ou de curieux. Entendons-nous bien : ça fait un bout de temps que Banksy est considéré comme le pochoiriste le plus talentueux de sa génération. Mais désormais, c’est tout juste si je ne taille pas le bout de gras avec ma boulangère sur le dernier pochoir de l’Anglais.
C’est d’ailleurs avec une pointe d’amusement qu’aujourd’hui j’observe certains de ses plus grands fans — véritables encyclopédies banksiennes, capables de t’authentifier, dater et géolocaliser une de ses pièces en moins de deux — déplorer son accession à l’affreux, l’impardonnable, le c’est-la-fin-des-haricots-artistiques-il-va-se-faire-turlutter-par-Drucker-sur-France-2-dimanche-prochain, l’infamant mainstream. Ceux-là même qui il y a quelque temps, lorsque je leur racontais à moitié en sueur que je projetais de me rendre à Bristol pour son expo, me disaient : » Hum… Bonksi… hein ? oui oui, je sais, Banski. Ouais bien sûr… nan, mais moi je vais aller bouffer chez Gladines, y a plein de pochoirs de Miss-Tic à la Butte-aux-Cailles, tu sais, c’est énorme aussi… ».
Mais ces trompettes de la Renommée, Banksy les a embrassées à bras le corps depuis bien longtemps déjà, dès le départ. Ses premiers stencils il y a déjà 10 ans, portent les germes de son explosion fulgurante. Son anonymat et son irrévérence intriguent et en quelques années il réussit à instiller dans le street-art anglais son cachet, son intelligence.
Je m’étais promis de ne pas faire d’analogies entre le monde de la publicité et le travail de Banksy. Mais certains parallèles, agents indiscutables de la notoriété acquise par l’artiste, sont par trop évidents. Il est d’ailleurs à ce propos assez intéressant de remarquer la fascination qu’exerce Banksy sur la quasi-totalité des pubards même lorsque ces derniers ne sont pas initiés à la culture street-art. Il faut dire que le gaillard fait fort et que son art transcende tous les principes de la création publicitaire moderne.
Pour faire vite et pour paraphraser le point de vue de Nicolas Bordas, patron de TBWA France (voir la vidéo), la créativité en agence doit se manifester sur trois leviers pour atteindre une efficacité idéale : la nature stratégique du message (l’idée véhiculée), la nature formelle du message (le langage employé) et l’optimisation des biais déployés pour porter le message (les médias).
Pour ce qui est de la forme, il n’y a pas vraiment débat : humour, poésie, cynisme, absurde, caricature, etc. Banksy est un tueur, nous sommes ses proies. Question squat médiatique, le bristolien ne fait pas non plus dans la dentelle. Tel un savant mélange entre les Daft Punk et Apple, son anonymat et ses prises de parole au compte-gouttes ont paradoxalement fait de lui l’un des artistes les plus écoutés au monde. Sans parler de sa production artistique incessante quotidiennement relayée sur Internet (4.000.000 de vues en 4 jours pour sa toute récente vidéo sur les Simpson). Il expose en galerie, dans la rue, il détourne des CD’s de Paris Hilton, sort un livre, imprime de faux billets de banque (!!!), peinturlure le triste mur israélo-palestinien, présente un film au festival de Sundance… dont voici la bande-annonce :
La substance de son art (l’idée véhiculée introduite plus haut) sera l’objet d’un autre article tant le sujet s’avère fécond. Place donc à quelques images pour vous présenter les créations de Banksy depuis le début de l’année. Je précise toutefois que la pièce centrale de cette année 2010 est son film Exit through the gift shop. À ma connaissance, il n’a pas été diffusé en France, mais on peut le trouver en DVD ici. Plus de détails dans quelques jours, j’aurai d’ici là eu le temps de le regarder encore une bonne dizaine de fois…
• Février-Juin 2010 : Quelques traces laissées par Banksy lors de son séjour aux USA et au Canada.
• Février 2010 : Mauvaise nouvelle, une de ses pièces majeures à Liverpool est menacée de destruction ! En 2004, lors de la biennale de Liverpool, Banksy pose son rat sur la façade d’un pub. Cette pièce devient alors l’une des créations les plus emblématiques de son oeuvre. En 2008, le propriétaire met son bien en vente et c’est malheureusement un promoteur immobilier désireux d’effacer le gigantesque rat qui s’est porté acquéreur au début de l’année. La transaction a été évaluée à 130.000 €… un pub à Liverpool avec une oeuvre mythique de Banksy pour 130.000 € ! Il y a de quoi rester circonspect en regard des 2.000.000 € dépensés par le couple Brad et Angelina en 2006 pour une de ses toiles.
• Décembre 2009 — janvier 2010 : sur les berges du Camden Regent’s Canal à Londres. Ces nouvelles pièces de Banksy sont le point de départ d’une querelle avec le collectif Robbo (plus de précisions dans la deuxième partie).
Sources : Unurth, Time, Narominded, UKstreetart et j’en oublie certainement. Dédicace toute particulière au blogueur Paperplane pour m’avoir indiqué où acheter le DVD de Banksy, je commençais sérieusement à envisager le Subutex !
La suite dans une petite semaine…











Suberbe travail, as usual !
@Lou : Haha ! c’est le plus beau spam reçu depuis le début de l’aventure vtfv ! même le moteur anti-spam l’a laissé passer. Bravo Lou, tu mérites de te faire valider ton commentaire !
Avant que tu parles de Miss tic à la butte aux cailles, je pensais que Banksy était un ivrogne renommé (un pochoir…). Mais ton article donne envie d’aller voir son boulot à ce bougre!
@jérem: c’est toi l’ivrogne renommé
Un article de qualité et des commentaires de qualité !
Et une bannière de qualité !